la vie d'une mémé de Provence...
La pharmacie de mémé
Ma mémé , la maman de mon père, était une maîtresse femme; elle savait tout faire, et m'a appris une montagne de choses qui m'ont servi dans ma vie , que ce soit à la maison, ou au travail. Elle était extrêmement propre et ordonnée ( bon là, pour l'ordre, je ne l'ai pas suivie, ça a sauté directement à Estelle!). Elle n'était qu'une humble paysanne, sachant lire et à peine écrire. Restée veuve de bonne heure, en 1943 (mon grand père , que je n'ai pas connu, avait fait 2 ans d'armée, pour son service militaire, puis 4 ans pendant la guerre de 14-18, dans les tranchées, gazé, blessé à Verdun, il ne s'était jamais vraiment remis), elle avait pris la tête de l'exploitation familiale, travaillant la vigne mieux qu'un homme! Mon père , a 12 ans, était déjà derrière la charrue! Il est mort à 84 ans, et n'a pris, dans toute sa vie de vigneron, que 2 ou 3 semaines de "vacances». Ma mémé aussi est partie à 84 ans; cela doit être dans l'ordre des choses...Tout ça pour vous dire que chez nous, on était très heureux, mais le maître mot était TRAVAIL....bien sûr, comme tout un chacun, on avait des ennuis de santé! Mais dans le placard de la pharmacie de mémé, il y avait toujours un remède adapté...Vous ne savez sans doute pas que la coqueluche était une maladie hyper grave au début du siècle, qui a entrainé de nombreux décès! Mémé disait que la bave d'escargot les avait sauvés! sa mère, la grand-mère Rouvier, mettait des escargots dans un bol, les saupoudrait de sucre, ce qui les faisait baver; on donnait alors à boire aux enfants cette bave, nature (!) ou diluée dans un peu de lait de chèvre...Notez , qu'aujourd'hui encore, cette bave est employée en médecine, dans certains médicaments; si le terme Hélix est inscrit, c'est que des petits gris ont bavé pour vous! La racine de coquelicot était aussi très efficace. La pharmacie de mémé renfermait encore, camomille, frêne mauve, verveine etc...sans compter la sauge, reine des plantes .
Dans la pharmacie de ma mémé que j'adorais, et qui m'a appris tant de choses, comme je vous l'ai déjà dit, il y avait plein de plantes , qu'elle ramassait et faisait sécher sur des canisses, à l'ombre. Pour son hypertension, elle cueillait les "chapeaux chinois" du paliure, que nous appelons chez nous l'arnavais,
et puis le petit chêne, la germandrée qui améliorait la circulation du sang puis,
de la bourrache, pour le mal de gorge:
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Elle avait aussi, dans des bocaux bien rangés, de l'arnica dans l'huile d'olive, pour les "gibes" les bosses que nous nous faisions en tombant, nous les petits, et pour les "macadures" les hématomes des plus grands...
de la bourrache et de la mauve, pour le mal de gorge,
des fleurs de sureau noir, qui sentent si bon, et qui ressemblent à une dentelle blanche en séchant, dont elle faisait des décoctions pour se laver les yeux,
du "gramé" le chiendent, pour l'eczéma,
de la verveine, pour l'estomac,
du tilleul, pour mieux dormir,
du thym, pour les digestions difficiles,
de l'achillée, pour les hémorroïdes,
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des fleurs de lys dans l'eau de vie, pour les coupures et surtout les infections dues aux épines(combien de fois m'a-t'elle fait sortir des épines très profondément enfoncées dans la chair avec ces cataplasmes de fleurs de lys, je ne les compte plus) ,
de la lavande contre les maux de tête,
de la menthe poivrée pour les toux rebelles,
des pensées sauvages pour les croûtes de lait,
de la saponaire pour la jaunisse...et éventuellement détacher les vêtements!!!
de la "sarrette" -salsepareille- pour les" vices "du sang, enfin je ne me rappelle plus de tout ce que
contenait la pharmacie!
Mais la plante sublime, celle que mémé portait aux nues, la panacée extraordinaire , était la Sauge!
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Et elle l'est encore pour toute notre famille...Mémé me disait: "qu a de sauvi en soun jardin a pas
besoun de médécin!" (qui a de la sauge en son jardin ,n'a pas besoin de médecin), parce que j'oubliais de vous dire, avec ma mémé, on a toujours parle que le Provençal! jamais en
Français!.....Oui, pour en revenir à la sauge, officinale, elle la faisait infuser (les fleurs uniquement)dans l'eau de vie, et en gardait toujours un "bouteillon" dans sa poche; c'est vrai!;
quand on travaillait à la vigne, ou aux foins, ou au jardin, mémé , qui ne buvait pas d'alcool, disait "faisons un canard", et elle trempait un sucre dans la sauge pour que nos estomacs, pliés en
deux par le labeur, aient du coeur à l'ouvrage et que la digestion se "passe"! ça , c'était pour l'usage "interne». Pour l'extérieur, la sauge servait pour désinfecter les coupures, les
écorchures, les petites blessures que nous ne manquions pas de nous faire en travaillant! Il me revient en mémoire un jour où, coupant à la faucille les sarments verts des vignes, dans un
champ distant de près de 3 kilomètres de la maison, je me suis ouvert l'index de la main gauche jusqu'a l'os! Que croyez -vous que fit mémé? elle me versa la sauge (à 75°) sur le doigt, me
l'entortilla dans un mouchoir, et jusqu'au soir j'ai écimé les vignes avec ma "poupée" de lin bleu à gros carreaux....Aujourd'hui, on m'aurait menée à l'hôpital pour mettre 2 ou 3
points...C'était la vie! Mais Seigneur, je vous jure que c'était la Vraie vie, même si elle était dure! Peut-être parce que j'étais jeune, qui sait?
Vous savez, devant ma maison, la plante reine est toujours là! Au cas où!!!on ne sait jamais!
Gros bisous!
Mémé